dimanche, 21 décembre 2008

Voulez vous tendancer avec moi ???

109_ta.jpgVoulez-vous tendancer avec moi ?


Si l'avenir n'a ni queue, ni tête et le long terme n'a plus de sens, mais alors c'est quoi une tendance ? Si dans une civilisation type « remix & compil », tout n'est que micro trend, retournements, émergences éphémères, mouvements instables, micro crises et ruptures non linéaires à répétition, alors si le monde est bubble (pop corn, c'est la version sucrée ou salée), le mot tendance signifie quoi aujourd'hui ? D'ailleurs, existe-t-il des « grands architectes » comme dans la matrice ou Matrix pour impulser des mouvements de fond ?

Il est d'usage de dire que le 21éme siècle c'est l'implication forte de l'individu dans la société. On parle de consommacteur, de cocréation, d'innovation ascendante et le slogan c'est « We are the media » !!! La planète entière serait under control d'internautes peace and love ? Intelligence connective à tous les étages ?

C'est sûrement en partie vrai. Toutefois, si l'on prend l'exemple le cas du phénomène des blogs, peu de gens vont créer un blog et produire du contenu, parmi les internautes curieux moins de 10% vont laisser un commentaire pour réagir, et en simplifiant, le trafic est souvent dominé par un nombre limité de blogueurs, qui sont des semi-professionnels.

L'ordre naturel se reconstitue facilement avec les émetteurs (influenceurs), les récepteurs passifs, les observers (ceux qui décryptent), les supraconducteurs (connecteurs), etc

Au royaume de l'infotaitement, la docilité mentale est plus fréquente que l'indiscipline intellectuelle. Sinon comment expliquer le succès du storytelling ou des séries TV ? D'ailleurs, dans ce monde instable, il y a sûrement une demande implicite du public d'avoir des référents qui identifient les nouvelles voies, et à ce titre un trendsetter laisse des traces de phéromones, des marqueurs culturels pour le reste de la troupe... Qui n'a pas envie d'être rassuré ?

Mais rassurons nous, cela ne prête pas à conséquence. Si les 20 dernières années ont plutôt été des déclinaisons d'inventions antérieures (sauf bien sûr pour le téléphone mobile et internet), les nouveautés dans le futur seront plutôt des recombinaisons d'innovations existantes, en plus mieux (more deeper). Rajoutez à cela qu'avec le Web 2.0 (et bientôt 3.0 ou 4.0 direct), le monde est une soupe d'informations on line, alors la nouveauté viendra de l'hybridation de concepts issus de silos différents. C'est un peu le rétro futur.

La problématique, c'est plutôt l'obsolescence rapide des innovations, l'usure prématurée des nouveautés, avec l'écueil dangereux des idées devenant rapidement déceptives... Le chasseur de tendances peut-il alors sauver le monde, face à ces récifs menaçants ?

A l'instar des humains des temps antiques qui faisaient appel à des phyties, prêtresses, devineresses pour y voir clair, nous utilisons des trendsetters, sorte de nouveaux médiums des temps modernes.

Selon leur score de notoriété, leur niveau d'influence peut aller de super gourou à agitateur d'idées ou de curiosité. Ils peuvent décréter à partir de leur intuition une nouvelle piste aussi bien dans le monde du fashion, du fooding, du management, des RH, du luxe, etc Leur réputation, permet de déclencher des prophéties auto-réalisantes, car leur parole devient une norme d'un secteur. Ne pas perdre de vue leur poids disproportionné sur le public (vedettariat ?).

En arrière plan de ces porte parole connus, il ne faut oublier que la ruche des chasseurs de tendances recèle de nombreux autres talents que vous les appeliez : trend-spotter, trend hunter, défricheur, découvreur, tendanceur, early adopter, cool hunter, dénicheur, détecteur d'influences créatives, trend-setter, tendançologue, veilleur, observateur attentif, spin doctor, geek, gourou, décrypteur de tendances, influenceur, marketeur curieux, lecteur attentif, influenceur créatif, détecteur d'influences, explorateur méditatif, créateur de tendances innovantes, visionnaire, pionnier, future shapers, electrons libres, trend maker, journaliste trendy, en passant ceux qui hument l'air du temps.

Car au final, on pourrait dire que la soupe planétaire des idées on line (une forme de bien commun ?), chacun peut faire du picking et donner sa propre version des tendances du moment. Dans ce contexte, on ne peut que constater la synchronicité des foyers d'idées nouvelles au niveau de la planète, surgissant par vagues subites. Ensuite par des mouvements de porosité, les idées nouvelles se répandent, s'enrichissent ou se dégradent par des effets de buzz. Des mouvements globaux sur un thème peuvent alors se propager à une vitesse fantastique sans que l'on puisse vraiment déterminer l'origine de la source.

Quand une vague part, vous avez alors dans la communauté des chasseurs de tendances, ceux qui par leur décodage prennent position, ceux qui interconnecter/relier, ceux qui vont pratiquer immédiatement, ceux qui vont se mettre en position d'acteur et incarner le message, etc Chacun son rôle ! Même si dans beaucoup de cas, on constate qu'il y a des effets de répétition, la valeur du chasseur de tendance sera dans son regard indiscipliné sur l'information qu'il reçoit.

Bien sûr, selon que cette activité de veille génère ou non une activité marchande pourra influencer la pratique du chasseur de tendances.

Il est plus que certain que les artistes sont des alliés indispensables pour la garantie d'une veille intégrant le monde sensible...

A suivre sur le groupe facebook des chasseurs de tendances

http://www.facebook.com/group.php?gid=37562403450&ref...

ou sur le blog des Chasseurs de Tendances

http://chasseursdetendances.blogspot.com/

 

 

Commentaires

Votre billet est très intéressant. Je serais vous j'essaierais de le travailler régulièrement pour l'améliorer. Cà en vaut la peine.
Sur le fond je ne suis pas totalement d'accord. Je pense qu'il y a et qu'il y aura toujours des mouvements et des tendances de fond destinées à couver, à éclore lentement, à grandir insoupçonnées, à faire irruption brusquement dans la conscience de vigies (tiens, un terme que vous n'avez pas mentionné ; je vous l'accorde faire une liste exhaustive est impossible et sans intérêt au demeurant...), à se propager de manière fulgurante et à durer, durer, durer... Par exemple nous sommes en crise depuis des lustres, et çà dure, çà dure, çà dure : "la crise", "la crise", tout le monde parle de crise depuis des décennies, disons depuis 1973. ET çà ne fait que commencer.

Écrit par : serge | dimanche, 21 décembre 2008

Article très intéressant.
Parfois je pose la question , n'y a t'il pas une trop grande multiplication de tendance? qui noie justement la vraie tendance. Le bon côtoie le mauvais, nous sommes entrain de vivre une crise de la hiérarchie de l'information, le sens de notre époque y perd son latin.
Pour moi internet reste un outil qui reste complémentaire pour me guider vers les livres, les films, les expos qui m'intéressent. La culture reste dans le domaine du réel. Je crois que trop de personne ont délaissé la culture du réel, pour celle du zapping culturel du net.
L'éphémère est roi dans le web, la culture se construit dans un temps plus lent.
Voilà je n'ai plus trop le temps de développer , j'espère avoir réussi à me faire comprendre.
Je rejoint la réflexion de Serge, je suis né en 1974 et depuis le début des années 80, j'ai toujours entendu que nous étions en crise.
Pour ma part je crée des collages, peintures, photomontages, depuis plus de 17 ans , il n'y a que depuis 1 ans que j'ai décidé de montrer mon travail sur le net, mais je suis noyé comme les autres dans le trop plein d'image.
J'ai restreint mon attente du net, de peur de consacrer moins de temps à mes créations et me perdre dans "un marketing" sans fin.........
A bientôt
et bonnes fêtes à tous

Écrit par : djamel | dimanche, 21 décembre 2008

C'est tendance le franglais, la novolangue...?

on tend , on tend et ça casse...

PAr aileurs la temporalité.. le cheminement, le "grown out" semblent hors-champ, comme si la tendance c'est une ligne, une fonction entre deux axes orthonormés.

et pourtant le temps est là, car la notion de tendance vient avec les flux tendus et la vitesse.

Écrit par : esther | jeudi, 25 décembre 2008

Bonjour René,

je ne suis pas coutumier d'écrire sur les blogs, aussi je vous propose la réflexion suivante :


Fin de l’automobile + fin de l’hypermarché = fin de la société de consommation


Le raccourci est brutal, mais par où que l’on prenne cette équation, on retombe sur la même conclusion.

1. Il y a plus de 40 ans …

Il y a plus de 40 ans, en 1963, Carrefour ouvrait son premier hypermarché à Sainte-Geneviève-des-Bois. 2500m² de surface de vente avec parking. Parking ! Oui ! Et c’était bien là l’une des innovations les plus fortes : prendre sa voiture pour faire ses achats, prendre un chariot à roulettes pour circuler dans le magasin et ainsi acheter plus et remplir le coffre de sa voiture et ne pas rentrer chez soi avec ses courses à bout de bras … L’automobile a été un accélérateur de l’hypermarché et le développement de l’hypermarché a consacré la voiture comme signal de la consommation.
Distribution de masse pour une consommation de masse pour une circulation de masse. Ce schéma vaut jusqu’aujourd’hui.

2. Il y a plus de 40 jours …

Ce délai est bien sûr arbitraire, mais que vient-il de se passer ces dernières semaines ?

Pour l’automobile, c’est l’aveu d’une fin d’époque. Les ventes s’effondrent par inadaptation des produits en vente par rapport aux besoins des utilisateurs. Ne parlons pas du Japon où l’automobile est passée de mode, de la Suisse où ne plus avoir de voiture devient une règle de vie pour plus de 20% des habitants. Aux Etats-Unis, le Sénat a refusé – avant d’avoir été contredit par l’Administration - de sauver les Big Three – General Motors, Ford, Chrysler – d’insuffler des milliards de dollars dans une industrie qui fabrique des produits dont les consommateurs ne veulent plus. En France, le bonus-malus et la prime à la casse sauvent la fabrication de petites voitures de Peugeot, Renault et Citroën en Europe de l’Est et en Turquie (ces états devraient nous remercier !) mais pas les ventes – et donc la fabrication - de voitures moyennes fabriquées en France, alors l’Etat met l’industrie automobile sous perfusion. La baisse momentanée du pétrole et ces perfusions ne font que retarder ce qui est la fin de l’automobile fonctionnant à énergie fossile.

Pour l’hypermarché, c’est aussi la fin d’une époque. Plus le temps passe, et plus les hyper français augmentent leur chiffre d’affaires en diminuant leur résultat d’exploitation. La distribution de masse ne satisfait pas une consommation individualisée, le foyer de 3.3 personnes consomme moins qu’un foyer de 2.3 personne, la concurrence s’est spécialisée dans chaque métier pour répondre à un consommateur de plus en plus exigeant. La LME, en réduisant les délais de paiement, va porter le coup de grâce à des acteurs économiques qui vivent de placement d’argent et non pas de leur métier de vendeur. Les rotations des hypermarchés sont deux à quatre fois plus lentes que celles de Tesco en Angleterre. L’hyper est une machine lourde sans souplesse qui devrait accepter de baisser son chiffre d’affaires en diminuant ses références pour relancer la machine au risque d’aller dans le mur … D’ailleurs, Carrefour a osé le premier de parler de diminuer certains hypermarchés de 6000 m² au moins ! Auchan et Cora le préparent-ils en toute discrétion ? Les hypermarchés n peuvent pas demander d’aides de l’Etat : ils n’auront pas de perfusion ! A eux d’être leur propre chirurgien … et vite.

3. Donc curieusement …

Donc curieusement, la fin de l’automobile correspond à la fin de l’hypermarché. La fin de la voiture de masse correspond à la fin de la consommation de masse. En raccourci brutal, c’est la fin de la société de consommation. La prospective donnait encore 10 ou 15 ans de réflexions. Eh bien non ! Il faut faire vite.

Car ce raccourci n’est pas si brutal qu’il en a l’air : la consommation de pétrole baisse, le pouvoir d’achat baisse et le consommateur doit vivre aussi bien avec moins de revenus, l’automobile et l’hypermarché ne sont plus au centre des passions des consommateurs mais au centre des contraintes, les déchets ménagers baissent montrant un intérêt des consommateur pour « le développement durable », le moins consommer, etc.

Nous entrons dans la troisième révolution énergétique :
La première révolution énergétique fut la traction animale. Le harnais est apparu au XIème siècle et a solutionné nos principales crises alimentaires européennes.
La seconde révolution énergétique fut la machine à vapeur au XVIIIème siècle, à énergie fossile, dont nous savons aujourd’hui qu’elle touche à sa fin par manque d’énergie fossile et par pollution par cette même énergie fossile.
La troisième révolution énergétique est en marche : seule l’énergie durable – éolien, solaire, mouvement des eaux – peut sauver le Monde (en fait la présence de l’Homme sur Terre ...). Et comme cette production sera moindre que celle d’énergie fossile, il faudra économise l’énergie.

4. Alors qu’attendre de la crise actuelle …

Alors qu’attendre de la crise actuelle ? Une crise est une formidable période de créativité. De la dernière, 1991-1993, est née la plus formidable machine à cash d’aujourd’hui, Google, qui en 10 ans à peine est devenue l’une des société les plus créative du monde qui a distancé tous ses prédécesseurs des NTIC, des nouvelles technologies de l’information.

En ce moment, le Google de demain est en cours de gestation dans de multiples domaines. C’est peut-être celui qui remplacera l’automobile, ou celui qui remplacera l’hypermarché. Et comme Google, il ne viendra ni de l’automobile, ni de l’hypermarché, ou plutôt, il se développera dans une culture différente de l’automobile ou de l’hypermarché.

Car dans le fond, quel est le métier de Google ? : faciliter la vie sur la toile. Je laisse aux fabricants de voitures, aux « fabricants » d’hypermarchés, le soin de se mettre en position de se définir et non pas en position de survivre.

Il est loin le temps où la prospective laissait 15 à 30 années devant soit pour l’industrie automobile et la distribution alimentaire. C’était dans les années 90. La distribution a été protégée par les lois Galland et Raffarin, l’automobile par un pétrole peu cher. Le réveil est aujourd’hui brutal. Et Louis Schweitzer peut se réjoui d’avoir imposé la Logan, et les hyper peuvent regretter de ne pas avoir compris les hard-discounters Aldi et Lidl …

Car nous en sommes bien là : le temps de survivre est passé, nous en sommes au temps de se définir … ou disparaître comme ont disparu le maréchal-ferrant et les épiciers en blouse grise …


Philippe Cahen
Conseil en prospective

Écrit par : Philippe Cahen | vendredi, 09 janvier 2009

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